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Non, les Russes n'ont pas toujours connu une absence totale d'information ou une absence de liberté de la presse.
Bien que l'histoire du pays soit profondément marquée par la censure, la Russie a traversé de rares périodes d'ouverture médiatique, notamment pendant la Glasnost à la fin des années 1980 et durant les années 1990 après la chute de l'Union soviétique.
Dès l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, l'État a repris le contrôle des chaînes de télévision nationales pour imposer une Censure totale.
Comment les Russes contournent-ils les interdits, combien sont ils à "savoir" et que risquent-ils?
Peut-on mettre en parallèle la propagande officielle subie par les Allemands pendant la période Nazie?
Voici un aperçu des grandes phases historiques de la liberté de la presse en Russie :
1. L'époque impériale (avant 1917)
Censure impériale
: Sous les Tsars, la presse était étroitement surveillée par le pouvoir.
Le tournant de 1905 : Suite à la révolution de 1905, le tsar Nicolas II a accordé par manifeste des libertés civiles, entraînant une suppression temporaire de la censure préalable et l'apparition de nombreux journaux politiques indépendants.
2. L'ère soviétique (1917-1991)
Monopole d'État : Après la révolution bolchevique, les médias sont devenus des outils de propagande officielle (comme les journaux Pravda ou Izvestia). Toute critique du régime était interdite par l'organe de censure, le Glavlit.
La Glasnost (1985-1991) : Menée par Mikhaïl Gorbatchev, cette politique de « transparence » a libéré la parole. Les crimes du stalinisme ont été révélés, des livres interdits ont été publiés et les citoyens ont eu accès à une diversité d'informations inédite.
3. Les années 1990 : L'âge d'or de la liberté de la presse
Pluralisme total : Après l'effondrement de l'URSS sous la présidence de Boris Eltsine, la Russie a adopté une loi garantissant la liberté de la presse.
Médias indépendants : Des chaînes de télévision privées (comme NTV) et des journaux d'investigation ont vu le jour. Les journalistes critiquaient ouvertement le gouvernement et couvraient sans filtre des sujets sensibles, comme la première guerre de Tchéchénie.
Limites : Cette liberté était toutefois fragilisée par l'influence des oligarques, qui achetaient des médias pour servir leurs propres intérêts politiques.
4. Les années 2000 à aujourd'hui : La reprise en main
Régression progressive : Dès l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, l'État a progressivement repris le contrôle des grandes chaînes de télévision nationales.
Censure totale récente : Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022, la liberté de la presse a été virtuellement supprimée en Russie. De nouvelles lois punissent de lourdes peines de prison le "discrédit" de l'armée, forçant la quasi-totalité des médias indépendants (comme Novaïa Gazeta ou Dojd) à fermer ou à s'exiler.
Toutefois, il faut distinguer l'accès technique (avoir les outils pour contourner la censure) de la démarche active (chercher réellement à s'informer auprès de sources indépendantes).
1. L'utilisation des VPN : Virtual Private Network, (ou réseau privé virtuel en français) est un service qui sécurise votre connexion Internet et protège votre vie privée (Tunnel privé, masquage d'IP) en ligne la porte d'entrée vers l'info libre
Le Kremlin ayant mis en place un véritable « rideau de fer numérique » (blocage des grands médias occidentaux, fermeture ou exil des médias russes indépendants comme Meduza ou TV Rain), le recours aux VPN (réseaux privés virtuels) est devenu indispensable pour contourner la censure.
La proportion globale : Selon les données du Centre Levada, (le principal institut de sondage indépendant en Russie), la part des Russes utilisant un VPN a progressé pour atteindre 36 % à 39 % de la population.
La fracture générationnelle et sociale : L'accès à l'information est extrêmement polarisé. L'organisation Carnegie Politica souligne que plus de 50 % des Russes âgés de 18 à 45 ans admettent utiliser régulièrement des VPN. Ce profil correspond majoritairement à une population jeune, urbaine et diplômée. À l'inverse, environ les deux tiers de la population (notamment les plus âgés et les ruraux) restent totalement dépendants des médias d'État et vivent dans une « bulle idéologique ».
Face au blocage des sites Web traditionnels, deux plateformes non censurées (ou partiellement restreintes) concentrent l'accès à l'information alternative :
Telegram : Près de 49 % des Russes continuent de lire des informations au moins une fois par semaine sur Telegram. Bien que la plateforme héberge une immense quantité de canaux de propagande pro-Kremlin, elle reste le principal canal de diffusion pour les journalistes indépendants russes en exil.
YouTube : Malgré les tentatives de ralentissement et de blocage orchestrées par le régulateur russe Roskomnadzor, la plateforme reste utilisée par des dizaines de millions de Russes pour visionner des émissions d'investigation ou des reportages interdits à la télévision d'État.
En résumé
Si un peu plus d'un Russe sur trois dispose aujourd'hui d'un accès technique à un internet non censuré, les sociologues estiment que la part de la population qui consulte activement et régulièrement des médias d'opposition pour contrecarrer la propagande officielle se situe plutôt autour de 15 % à 20 % (essentiellement concentrée dans les grandes métropoles comme Moscou et Saint-Pétersbourg).
Pourrait on faire un parallèle avec des proportions par rapport à l'accès à une information libre des allemands pendant la période nazie?
Oui, le parallèle historique est saisissant et très pertinent. Il existe de profondes similitudes dans la manière dont un régime totalitaire ou autoritaire verrouille l'information, mais aussi dans la proportion de la population qui tente de briser ce blocus.
Dans l'Allemagne nazie comme dans la Russie actuelle, la fracture se situe autour d'un ratio comparable : une majorité passive ou endoctrinée face à une minorité d'environ un tiers de la population qui conserve, de près ou de loin, un contact avec une information libre.
Une comparaison directe met en lumière les mécanismes techniques et comportementaux de ces deux époques :
1. L'outil de contournement : Le VPN d'hier et d'aujourd'hui
En Russie actuelle : Pour accéder à l'information indépendante, il faut installer un VPN afin de contourner le blocage numérique de Roskomnadzor (le régulateur d'État).
Dans l'Allemagne nazie : L'outil de contournement était la radio à ondes courtes. Le régime de Goebbels avait massivement diffusé un poste bon marché, le Volksempfänger (« le récepteur du peuple »). Ce poste était techniquement bridé pour ne capter que les stations allemandes locales. Pour écouter les radios libres (comme la BBC ou Radio Moscou), les Allemands devaient posséder ou modifier un appareil plus sophistiqué, capable de capter les ondes courtes.
2. Les proportions de la population : Un tiers d'auditeurs "clandestins"
En Russie actuelle : Les sondages indépendants estiment que 36 % à 39 % des Russes utilisent un VPN.
Dans l'Allemagne nazie : Les estimations des historiens et les rapports de l'époque (notamment ceux de l'ambassade américaine à Berlin en 1939-1940) estiment que jusqu'à 60 % des Allemands écoutaient de manière clandestine, occasionnelle ou régulière, les radios étrangères au début de la guerre. Cependant, si l'on filtre ceux qui le faisaient de manière active et régulière pour obtenir une vraie alternative politique, les historiens s'accordent sur une proportion d'un tiers de la population (environ 30 % à 35 %). Ce phénomène était qualifié par la population de « résistance du petit homme » (der kleine Mann Widerstand). [
3. La démarche active : S'informer vs. se divertir
En Russie actuelle : Sur les ~38 % de Russes utilisant un VPN, seule la moitié (environ 15 % à 20 % de la population totale) l'utilise réellement pour lire des enquêtes journalistiques ou suivre des médias en exil (Meduza, TV Rain). Les autres cherchent avant tout à accéder à Instagram, à des jeux ou à du divertissement.
Dans l'Allemagne nazie : Écouter la BBC (les Feindsender, ou « radios ennemies ») était passible de prison et, plus tard dans la guerre, de la peine de mort. Beaucoup d'Allemands n'écoutaient pas ces radios par pure opposition politique, mais par opportunisme informationnel : ils voulaient connaître la vérité sur les pertes militaires réelles au front, obtenir des listes de prisonniers de guerre, ou simplement écouter de la musique interdite (comme le Jazz).
4. La fracture démographique
Dans les deux cas, le profil de ceux qui accèdent à l'information libre est identique :
Profil "Info Libre" : Population plus jeune, urbaine, plus éduquée (les grandes villes comme Berlin, Hambourg ou Munich sous le nazisme ; Moscou ou Saint-Pétersbourg aujourd'hui).
Profil "Propagande" : Populations plus âgées, rurales, ou dépendantes économiquement de l'État, qui s'en remettent exclusivement à la télévision d'État (en Russie) ou aux haut-parleurs publics et journaux du parti (sous le Troisième Reich).
En conclusion
Le parallèle montre que même sous les dictatures les plus féroces, le monopole absolu de l'information n'existe pas. Il y a toujours un bloc irréductible de 30 % à 40 % de la population qui conserve les moyens techniques de savoir, même si la peur du châtiment ou l'apathie politique réduit le nombre de ceux qui osent transformer cette information en action.